Vauban, précurseur des Lumières

Le Maréchal français Sébastien Le Prestre de Vauban est, sans conteste, l’ingénieur militaire français le plus populaire et reconnu en France mais également en Europe puis dans le monde. Nous retrouvons des bâtisses, des fortifications construites selon ses méthodes si révolutionnaires que Vauban et ses travaux attirèrent de nombreux disciples qui reprirent souvent ses propres plans par-delà les frontières. Il ne fut pas seulement un ingénieur exceptionnel puisque Voltaire lui-même le reconnait comme étant le "meilleur des citoyens".

La naissance de Sébastien Le Prestre de Vauban


Vauban naquit en 1633 à Saint-Léger-de-Foucherets, un village très coquet du Morvant. Né dans une famille appartenant à la petite noblesse, il prit la décision de s’engager dans les troupes du prince du Condé dès l’âge de ses 17 ans à l’occasion de la Fronde qui combattait contre le roi. Cependant, Mazarin le remarqua rapidement et lui accorda le titre de lieutenant ce qui lui permit de travailler comme officier d’infanterie du régiment de Picardie grâce à la formation qu’il reçu de l’ingénieur militaire de Clerville. Il se mit au service du roi dès l’âge de ses vingt ans. Durant six ans, il prouve sa loyauté et son ingéniosité précoce en participant à 14 sièges. A 22 ans, le roi remit à Vauban son brevet d’ingénieur.

Une réflexion poussée et ingénieuse concernant l’attaque et la défense des places.


Dès l’obtention de ce brevet, Vauban a ressenti le besoin de réfléchir à une perte moindre d’hommes et d’argent dans l’attaque des places. Il développa le rôle du canon mais également le rôle et l’architecture des fortifications. Dans cette réflexion, il privilégia d’échelonner la défense par tranchées et d’adapter le tracé bastionné. Il mit ses théories en pratique en 1667 lors des sièges de Tournai, Lille et Douai. Sa notoriété fut confirmée alors que ces sièges ne prirent que 9 jours de tranchées. Le roi en fit un de ses principal bras droit. En 1662, il fortifia la ville de Dunkerque et confirma encore ses talents d’ingénieur en fortification. En 1668, le roi reconnaissant les grandes qualités lumineuses de Vauban, le nomma commissaire général des Fortifications. Et pour confirmer ce haut poste qu’il lui confiait, le roi demanda à Vauban d’édifier la citadelle de Lille dite « la Reine des citadelles ».

Le conseiller du roi


En 1673, débute la guerre de Hollande. Vauban parvient à convaincre le roi de ne conserver que les places fortes et non isolées en territoire ennemi. Pour protéger le royaume, il mettra en place deux lignes de places fortes. A nouveau et ce, à l’occasion de la victoire du siège de Maastricht en juin de la même année, il fut reconnu pour ses talents dignes d’un précurseur des lumières et ce, grâce à sa théorie établit pour le roi développant les parallèles et le tir à ricochet qui permit d’éviter un grand nombre de décès parmi les soldats ainsi qu’une trop longue durée de tranchées qui auraient engendrés des coûts exorbitants. Grâce aux précieux conseils et lumineuses théories de Vauban, Louis 14 conquerra la Franche-Comté, Besançon et Dole. Cela ne s’arrêtera pas là puisque les années 1691 et 1692 confirment les qualités indéniables des travaux de Vauban en permettant au roi de s’emparer de la ville de Mons et de Namur en un temps record.

Des travaux de fortification innovants


Entre 1679 et 1688, Vauban débuta des travaux de fortifications côtières. Ses travaux furent particulièrement ingénieux quant à l’édification de son « deuxième système » de fortification à Besançon. La configuration particulière de la ville obligea Vauban à penser différemment son système de fortification en établissant deux lignes de défenses. Il dota la première de bastions destinée à l’action lointaine. Quant à la deuxième qu’il destina à la protection de la ville, il la dota de tours à canons. A partir de la construction de ces fortifications, il passa de très nombreuses années à parcourir le pays pour construire les fortifications mais également pour les réparer ou les faire évoluer. En 1694, notamment, Vauban s’illustrera dans la construction de nombreux forts sur les côtes bretonnes pour permettre la défense de ces côtes contre le débarquement anglais.

Il fait suite à son deuxième système fortifié à Besançon par le troisième qu’il crée à Neuf-Brisach. Avec ce système, il échelonne la défense sur de nombreux édifices en profondeur et ce, sur une plus longue distance

Vauban : Le lieutenant général aux multiples écrits.



En 1688, il fut nommé lieutenant général. Passionné par de multiples domaines et chercheur invétéré à la recherche permanente d’innovations et de développement, il rédigea toute sa vie durant et ce, malgré ses nombreuses activités, des traités sur de multiples sujets tels que l’économie, l’agriculture, les sciences, la stratégie….Engagé également dans la politique, il tenta de convaincre le souverain de revenir sur l’édit de Nantes et ce, à travers la rédaction de son mémoire « rappel des huguenots ». Il évoqua comme argument la liberté de conscience notamment. Précurseur des idées d’égalité et d’équité des lumières, il rédigea un traité prévoyant de supprimer tous les impôts pour les remplacer par une seule et unique taxe : « la dîme royale ». Malheureusement, ce livre fut condamné et une cabale fut organisée contre Vauban.

Vauban pensa à la dîme pour pallier les injustices des impôts existant qui étaient calculés de manière complètement arbitraire et se basait soit sur l'estimation des terrains soit sur les biens des personnes. Cet impôt fut la source de nombreuses corruptions et inégalités. Le recouvrement de cet impôt attrista profondément Vauban puisqu'il s'agissait tout bonnement de dépouiller les personnes pauvres. Le collecteur rentrait chez les pauvres gens avec des huissiers et abîmaient l'intérieur misérable de chaque maison. Lorsqu'il n'y avait plus aucun objet à saisir, des maisons furent détruites pour collecter des planches, des poutres.... Cet impôt ne touchait que les pauvres gens.

Le deuxième impôt critiquable : les aides qui taxaient les alcools était perçu par des employés et contre les pauvres gens également. Enfin, le dernier impôt : la gabelle qui était un impôt taxant le sel dont les ordonnances royales rendaient la consommation obligatoire. Il existait un autre impôt sur les douanes intérieures terriblement exagérés : ce qui, incita à renoncer à toute circulation de produits.

L’impôt qu'il proposa reposa sur une double base. Une taxe sur la propriété foncière, immobilière et ce, selon le revenu et le lieux des propriétés. Une taxe sur les revenus du commerce et de l'industrie. D'autre part, les personnes les plus riches devraient souffrir de taxes sur les objets de luxe, les pierres précieuses.... Cet impôt aurait pour conséquence de soulager considérablement le peuple tout en augmentant le revenu de l'état. Bien entendu, les nobles refusèrent d'accepter la dîme dû aux désavantages qu'un tel impôt leur aurait créé.

Vauban travailla pour la sécurité de la ville, sa garnison en munition et poudre. Mais très conscient de la pauvreté et des inégalités, il proposa la création de magasins de blé et de case qui trouvent sa raison d'être en temps de guerre comme en temps de paix. Il aimait le peuple français. Plus qu'un amour pour le peuple, il était marié à la population. Il aimait les humains comme au premier jour où il avait rencontré sa compagne et ces quelques lignes qu'il rédigea le révèlent à la perfection : "Ces précautions (emmagasinage de blé, de légumes et d’avoine) seraient d'autant plus utiles que, dans les chères années, le peuple à qui l'on pourrait vendre de ces grains à un prix modique s'en trouverait soulagé, et qu'aux environs de Paris, à quarante lieues à la ronde, et le long des rivières navigables, les blés s'y vendraient toujours à un prix raisonnable, dans le temps que la grande abondance les fait donner à vil prix, à cause des remplacements à faire dans les magasins ; ainsi les fermiers seraient mieux en état de payer leurs maîtres qui perdraient moins sur leurs fermes, et le pauvre peuple se trouverait soulagé dans ses misères. »

Ces nombreux kilomètres parcourus pour établir des fortifications mais également les faire évoluer lui firent connaître le territoire français et toucher du doigt les difficultés, les anomalies du royaume et surtout durant la fin du règne de Louis 14. C’est d’ailleurs pour cela qu’il se permit de proposer des réformes et notamment des réformes fiscales. D’autre part, il mit en place une méthode de recensement très moderne et appliquée aux élections de Vézelay. Méthode qui fut appliquée à la population canadienne. A force d’étudier les nombreuses villes qu’il visitait et grâce à ses talents de visionnaire, il proposa un système de canalisation qui pourrait relier toutes les rivières navigables du pays.


La consécration ultime de la carrière du génie Vauban

Le 14 janvier 1703, Sebastien Le Prestre de Vauban fut élevé, contre son gré, au rang de maréchal de France pour ses 53 ans de services loyaux rendus au roi et à son pays. Durant ces très nombreuses années, le maréchal de France Vauban parcouru pas moins de 180 000km sur les côtes de la Manches, en Provence, dans les Alpes, dans les frontières de l’Est du pays mais également dans les frontières du Nord.

« Ce titre, dit Fontenelle, produisit les inconvénients qu'il avait prévus. Il demeura deux ans inutile, ne pouvant être employé avec des généraux du même rang, et faisant naître des embarras contraires au bien du service. Je l'ai souvent entendu s'en plaindre; il protestait que pour l'intérêt de l'Etat, il aurait foulé aux pieds la dignité avec joie".


Les dernières années du maréchal Vauban.

Vauban mourut le 30 mars 1707 dans sa maison jouxtant le jardin des tuileries. Sa carrière fut terriblement fatigante : entre ses nombreux voyages sur des routes difficiles, les nombreuses batailles auxquelles il assista et tout ceci fut rythmé par la bronchite chronique qui ne lui laissa aucun répit. Son cœur fut transporté en 1808 dans l’église du Dôme aux invalides tandis qu’il fut enterré à Bazoches.


Un héritage intellectuel d’une valeur inestimable.

Vauban coucha par écrit des descriptions de la France de son époque autant concernant le contexte économique que géographique. Sa méthode de recensement fut appliquée jusque après sa mort puisque l’on a pu observer des traces de cette méthode jusqu’à la fin du XXe siècle. Ses travaux concernant la mise en place d’un système de canalisation révolutionnaire furent appliqués et mis en place deux siècles plus tard. Précurseur des lumières et innovant, passionné de stratégies et de diplomatie : il sera le premier à parler de la monnaie unique européenne et ce, pas moins de trois siècles avant que celle-ci ne soit mise en place ! Tous ses travaux et ses traités furent réunis dans le recueil « Oisivetés » composé de 12 volumes. D’autre part, son « traité de l’attaque des places » commandé par le roi fut le traité de référence jusqu’à 1 siècle après sa mort. Il fut reconnu comme un grand humaniste puisque ce qui lui valut de réfléchir à une défense et une prise de sièges plus efficace fut le nombre de soldats mort au front, bien trop élevé à son goût. C’est pourquoi il mit en place les tranchées, les tirs à ricochet ainsi que les parallèles. Il fut reconnu comme un homme loyal, soucieux de la vie des hommes et de la réussite de son roi.

Il codifia son approche du siège échelonné en douze phases dont la suite logique était, selon lui, la capitulation du gouverneur assiégé. Le traité fut traduit en 15 langues et jusqu’à la fin du 19em siècle, il fut le traité de référence pour l’instruction des ingénieurs militaires. Il décida de ne jamais codifier son art de la fortification même s’il l’apprit à de nombreux disciples. La raison à cela est qu’il considérait que le terrain commandait le type de fortification et non l’inverse.

Il reste une centaine de places fortes en France que cet ingénieur militaire brillant et innovant a laissé comme patrimoine architectural, des centaines de traité mais c’est surtout une manière de concevoir, d’aimer la France, de penser les humains, leurs relations entre eux que le maréchal Sebastien Le Prestre de Vauban a laissé de plus grande valeur. Il fut sans conteste honnête, vertueux, savant et surtout dans la fortification et l’art des sièges.


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